b) Narcisse

 
Fons erat inlimis, nitidis argenteus undis,
quem neque pastores neque pastae monte capellae
contigerant aliudve pecus, quem nulla volucris
410 nec fera turbarat nec lapsus ab arbore ramus;
gramen erat circa, quod proximus umor alebat,
silvaque sole locum passura tepescere nullo.
hic puer et studio venandi lassus et aestu
procubuit faciemque loci fontemque secutus,
415 dumque sitim sedare cupit, sitis altera crevit,
dumque bibit, visae correptus imagine formae
spem sine corpore amat, corpus putat esse, quod umbra est.
Adstupet ipse sibi vultuque inmotus eodem
haeret, ut e Pario formatum marmore signum;
420 spectat humi positus geminum, sua lumina, sidus
et dignos Baccho, dignos et Apolline crines
inpubesque genas et eburnea colla decusque
oris et in niveo mixtum candore ruborem,
cunctaque miratur, quibus est mirabilis ipse:
425 se cupit inprudens et, qui probat, ipse probatur,
dumque petit, petitur, pariterque accendit et ardet.
inrita fallaci quotiens dedit oscula fonti,
in mediis quotiens visum captantia collum
bracchia mersit aquis nec se deprendit in illis!
430 quid videat, nescit; sed quod videt, uritur illo,
atque oculos idem, qui decipit, incitat error.                                                                   credule, quid frustra simulacra fugacia captas?
quod petis, est nusquam; quod amas, avertere, perdes!

 

Traduction

 

Il y avait une source limpide d’eaux brillantes et argentées, que n’avaient touché ni les bergers, ni les chèvres qui passent sur la montagne ni aucun autre troupeaux ; aucun oiseau ni une bête sauvage ne l’avaient troublée, ni un rameau tombé de l’arbre. Elle était entourée de gazon, que l’humidité très proche entretenait, et l’ombre de la forêt ne permettait pas au lieu d’être réchauffé par quelque rayon de soleil. Ici, l’enfant fatigué après une chasse intense et par la chaleur de l’été, s’étendit à terre séduit par l’aspect de ce lieu et par la source. Et pendant qu’il cherche à apaiser sa soif, une autre soif monte en lui. Et pendant qu’il se désaltère attiré par le charme du lieu, il aime une illusion sans corps et est saisit par la représentation d’une beauté qu’il avait vu, il pense que ce qui est une ombre est un corps ; il tombe en admiration devant lui-même et il reste fixé, son visage immobile comme une statue de marbre de Paros. Etendu sur le sol, il regarde deux astres -ses yeux– et des cheveux dignes de Bacchus et dignes d’Apollon, des joues qui n’ont pas atteint la puberté, un cou d’ivoire et le charme de sa bouche, blancheur de neige mêlée d’une couleur rouge. Et il admire tout ce qui le rend admirable. Crédule, pourquoi cherches-tu à obtenir en vain des apparences fuyantes ? Ce que tu cherches est nulle part, ce que tu aimes, détournes-toi, tu le perdras !

 

Commentaire

 

Dans ce texte, l’ambiguïté est omniprésente. En effet, on la retrouve avec le thème de l’attirance plus que dangereuse du lieu (vocabulaire de la nature et des couleurs) et du reflet (vocabulaire du reflet et de l’apparence physique) . Mais, l’auteur intervient aussi donnant à ce passage un caractère pathétique car il montre la naïveté, la bêtise , l’innocence et la candeur de Narcisse. De plus, il fait allusion au thème de l’homosexualité, ce qui est avant-gardiste pour l’époque.

 

Présentation du mythe de Narcisse

 

Pourquoi certaines personnes se replient-elles sur elles-mêmes en oubliant le monde qui les entoure ? Quelle est la source de cet isolement ?

Par ce texte, Ovide nous explique ce qu’est le narcissisme en nous relatant le mythe de Narcisse, jeune homme d’une beauté exceptionnelle. Cependant, Narcisse ignorait cet aspect de lui car il ne s’était jamais regardé dans un miroir, ses parents l’en ayant toujours empêché. Il repoussait donc l’amour des plus belles femmes ainsi que celui d’Echo. Un jour, alors qu’elle le poursuivait, épuisé et assoiffé, il fut attiré par la beauté de ce lieu paradisiaque. Il se reposa sur un doux duvet vert au pied d’une source limpide aux eaux brillantes et il se désaltéra. Il vit alors son reflet qui l’éblouit. Il en tomba fou amoureux et se mit à le chercher désespérément ne sachant pas qu’il s’agissait de son image. D’ailleurs lorsqu’il voulut l’embrasser, il se pencha, tomba et se noya. On ne retrouva à sa place qu’un narcisse.

 

Echo et Narcisse

 

Copyright-Louvre edu

Ce tableau de Nicolas POUSSIN a été peint vers 1650.

 

Cette œuvre traduit la mélancolie de Narcisse.

En effet, cette scène s’est produite lorsque Narcisse, assoiffé, découvrit son reflet et en tomba amoureux. Ici, on le voit étendu sur le sol, attristé et perdu dans ses pensées, cherchant en vain une manière de retrouver ce visage d’une grande beauté.

De plus, au second plan, nous remarquons Cupidon, symbole de l’amour grâce à la torche qu’il tient dans sa main.

Nous observons également à sa droite, ECHO qui est une nymphe condamnée par Junon à ne pouvoir parler qu’en répétant les derniers mots de son interlocuteur. Elle tomba amoureuse de Narcisse mais celui-ci la repoussa. Elle est allongée sur un rocher et elle s’intègre dans celui-ci de par ses couleurs similaires. Elle semble apeurée et troublée, son regard portant sur le corps inerte de Narcisse.

Nous pouvons donc conclure que cette scène est très représentative du mythe. Nous y retrouvons les personnages principaux ainsi que le lieu paradisiaque et à la fois dangereux.

 

Métamorphoses de Narcisse

 

[http : //www.angelfire.com/pa2/dali/images/metamorphosis.jpg]

 

Ce tableau de DALI, une des plus grandes représentations du mythe de NARCISSE, a été peint en 1936-1937.

 

A l’arrière, nous apercevons un ciel clair suggérant une vie paisible, mais aussi un chemin, sans doute celui de la vie de Narcisse. Nous y trouvons les jeunes filles qui essayaient de le séduire. Puis ce chemin contourne la falaise et se dirige vers la rivière : les couleurs s’assombrissent au fur et à mesure qu’il s’approche de l’eau traduisant la mort inévitable de Narcisse, c’est la même mort qui le guette depuis sa naissance car nous remarquons que d’épais nuages noirs suivent le chemin de sa vie.

De plus, au premier plan, nous voyons clairement deux mains portant chacune un œuf. La première, située dans l’eau symbolise Narcisse avant sa déperdition : les couleurs chaudes (marron et orange) montre la vie, mais l’œuf, commençant à se fissurer, suggère une mort certaine. La deuxième, quant à elle, située en retrait, symbolise le décès de Narcisse : les couleurs étant devenues sombres et l’œuf ayant donné naissance à un narcisse comme le dit le mythe.

Au second plan, du côté droit, nous voyons aussi un échiquier sur lequel une statue se trouve. Elle indique la beauté parfaite de Narcisse. De plus, elle est située au milieu, ce qui reflète le narcissisme.

 

L'allusion à Narcisse

 
Un enfant vint à mourir, les lèvres sur tes eaux, 
Fontaine, de s'y voir au visage trop beau.
Du transparent portrait auquel il fut crédule.
Les flûtes des bergers chantaient au crépuscule ;
Une fille cueillait des roses et pleura ;
Un homme qui marchait au loin se sentit las.
L'ombre vint. Les oiseaux volaient sur la prairie ;
Dans les vergers, les fruits d'une branche mûrie
Tombèrent, un à un, dans l'herbe déjà noire,
Je m'entrevis comme quelqu'un qui s'apparaît.
Etait-ce qu'à cette heure, en toi-même, mourait
D'avoir voulu poser ses lèvres sur les tiennes
L'adolescent aimé des miroirs, ô Fontaine ?

Henri de Regnier

 

[ http://members.tripod.fr/baiser/baiser-39.html]

 

Ce poème se réfère au moment où Narcisse meurt en voulant embrasser son reflet dans l’eau. C’est la magnificence et la tranquillité de ce lieu qui fait ainsi réagir Narcisse qui se laisse guider par son instinct.

L’œuvre qui accompagne ce poème montre, quant à elle, le visage de Narcisse se reflétant dans l’eau lorsqu’il s’apprêtait à s’embrasser.(On peut d’ailleurs remarquer que les lèvres se touchent).